À Bure, dans la Meuse, Cigéo concentre une opposition persistante à l’enfouissement profond des déchets nucléaires les plus radioactifs. Le projet porté par l’Andra suscite des inquiétudes sur ses risques environnementaux, la santé publique et la place accordée aux citoyens.
Une manifestation interdite a récemment rassemblé plusieurs dizaines de personnes sous surveillance, tandis que les paramètres techniques et financiers du stockage géologique alimentent le débat. Les principales tensions portent sur la sécurité, la durée des déchets et les décisions politiques qui encadrent leur gestion.
A retenir :
- Opposition locale persistante autour du projet Cigéo à Bure
- Déchets conservant leur radioactivité pendant des durées exceptionnellement longues
- Surveillance renforcée et restrictions autour des installations de l’Andra
- Enjeux de transparence, de santé publique et de protection de l’environnement
Manifestation contre Cigéo : tensions autour de l’enfouissement à Bure
Ces enjeux prennent une dimension concrète lorsque les opposants se rassemblent dans le secteur, où le débat se joue aussi dans l’espace public. Lors d’une manifestation interdite, environ 85 militants, selon la préfecture, ont marché de l’ancienne gare de Luméville vers Mandres-en-Barrois.
Un rassemblement contesté et fortement encadré
La préfecture avait interdit l’événement faute de déclaration et d’organisateur identifié, invoquant un risque de troubles à l’ordre public. Elle a également signalé la présence possible de groupes radicaux, tandis que des contrôles de gendarmerie, un hélicoptère et des drones surveillaient la zone.
« C’est incroyable le nombre de camionnettes qu’il peut y avoir, de grosses camionnettes de gardes mobiles. On a l’impression d’être dans un état de siège complet. »
Agathe, co-organisatrice
Des restrictions autour du site de l’Andra
Des zones d’exclusion ont interdit la circulation des personnes et des véhicules, notamment près des installations de l’Andra. Selon la préfecture, le dispositif était adapté à la menace ; pour les opposants, cette présence policière renforce le sentiment d’une contestation difficilement audible.
Les associations écologistes inscrivent cette mobilisation dans une opposition plus ancienne, mêlant inquiétudes locales et critiques de la décision publique. Lors d’un rassemblement déclaré en septembre, les estimations de participation allaient de 700 à 2 000 personnes, selon les autorités et les organisateurs.
Repères sur les mobilisations :
- Manifestation à Bure malgré une interdiction préfectorale
- Environ 85 militants comptabilisés par la préfecture lors du rassemblement évoqué
- Entre 700 et 2 000 participants annoncés pour le rassemblement déclaré de septembre
- Environ 200 militants vêtus de noir recensés par la préfecture en septembre
Stockage géologique : durée, radioactivité et risques environnementaux
Au-delà des rassemblements, les inquiétudes s’expliquent par l’échelle du projet et par la durée de confinement envisagée. Cigéo prévoit de stocker à environ 500 mètres sous terre des déchets dont la radioactivité pourrait persister pendant plusieurs centaines de milliers d’années.
Les paramètres annoncés pour les déchets nucléaires
Le projet, engagé dans les études depuis 1991, concerne un volume annoncé de 83 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs. Selon les éléments de présentation de l’Andra rapportés dans les informations disponibles, la mise en service est envisagée à partir de 2050.
Paramètre
Valeur annoncée
Enjeu associé
Profondeur prévue
Environ 500 mètres
Stockage en couche géologique profonde
Volume concerné
83 000 mètres cubes
Capacité visée pour les déchets concernés
Horizon de mise en service
À partir de 2050
Calendrier prévisionnel du projet
Durée de radioactivité évoquée
Plusieurs centaines de milliers d’années
Exigence de confinement à très long terme
Contamination des sols et santé publique : des préoccupations à examiner
La profondeur ne fait pas disparaître les questions portant sur les matériaux, les installations et leur surveillance dans le temps. Les risques environnementaux évoqués par les opposants incluent notamment la contamination des sols en cas de défaillance ; cette possibilité doit être distinguée d’un dommage avéré.
Pour les riverains, la santé publique dépend aussi de la qualité des évaluations et de l’accès aux informations sur les contrôles. Selon l’Andra, le projet relève du stockage géologique ; ses détracteurs demandent que les scénarios de sûreté et les conséquences à long terme soient débattus publiquement.
Les paramètres techniques ne suffisent donc pas à apaiser les inquiétudes : le coût, les procédures et la confiance dans les institutions comptent également. C’est sur ces questions de gouvernance que se cristallisent plusieurs critiques associatives.
Associations écologistes : transparence et décisions sur Cigéo
À ces préoccupations de sûreté s’ajoute une question de méthode : comment décider d’un projet dont les conséquences dépassent plusieurs générations ? Les associations écologistes contestent autant l’enfouissement que la manière dont certaines étapes politiques ont été conduites.
Le débat politique et les changements de procédure
Un épisode antérieur, rapporté par Reporterre, illustre cette défiance : des dispositions visant à accélérer Cigéo auraient été ajoutées à une version nocturne d’un projet de loi sur l’énergie. Après des protestations associatives et politiques, le retrait de l’article 35 a été annoncé dans un communiqué attribué à Denis Baupin.
« S’ils veulent faire le projet, ils le feront, mais ils ne le feront pas dans ma loi. »
Ségolène Royal
Florent Compain, alors présenté comme président des Amis de la Terre, disait que la ministre avait assuré aux associations que Cigéo ne figurerait pas dans le texte. Selon Reporterre, cette séquence a nourri les interrogations sur la consultation et la place du Parlement dans les décisions.
« Un honteux tour de passe-passe réalisé en catimini et en toute déloyauté. »
Bure Stop
Coût du projet et exigences de protection de l’environnement
Le coût constitue un autre point de friction : l’estimation de l’État atteint 33,36 milliards d’euros, contre 25 milliards envisagés en 2016. Ces montants ne décrivent pas à eux seuls les risques, mais ils renforcent les demandes d’explication sur les hypothèses et les choix de gestion des déchets.
Question débattue
Éléments disponibles
Demande fréquemment exprimée
Coût
33,36 milliards d’euros selon l’État
Expliciter les hypothèses de calcul
Estimation antérieure
25 milliards d’euros envisagés en 2016
Comparer les périmètres retenus
Décision politique
Débat autour de l’article 35 et de son retrait annoncé
Débat parlementaire et transparence
Environnement
Surveillance nécessaire sur le très long terme
Évaluations accessibles et suivi durable
Pour les opposants, la protection de l’environnement suppose des garanties vérifiables, une information suivie et une consultation effective des habitants. Le désaccord porte ainsi sur un choix technique, mais aussi sur la façon de répartir les responsabilités entre générations.
Questions soulevées par les associations :
- Accès aux évaluations de sûreté et aux hypothèses de calcul
- Place du Parlement dans les décisions sur le stockage
- Information régulière des habitants concernés par Cigéo
- Garanties de surveillance des sols et de l’environnement
« Sur le fond, le Parlement doit être respecté et on ne peut imaginer qu’un sujet aussi explosif soit traité par décret. »
Europe Écologie-Les Verts
« Le ministère de l’Écologie a décidé le retrait de l’article 35 du projet de loi sur la transition énergétique. »
Denis Baupin
Source : Reporterre, éléments de contexte sur Cigéo ; préfecture, déclarations rapportées sur les manifestations ; Andra, paramètres du projet rapportés dans les informations fournies.